Autisme et méthode des 3i : comment stimuler l’enfant par le jeu ?

Parmi les différentes techniques pour traiter l’autisme, la méthode des 3i est basée sur le jeu et favorise la communication. A qui s’adresse-t-elle ? Comment l’appliquer au quotidien ? Quels sont ses objectifs ? Décryptage.

La méthode des 3i permet de capter l’attention de l’enfant autiste, tout en développant un lien de confiance avec lui. L’idée ? Créer un environnement calme, épuré et bienveillant, et stimuler quotidiennement la communication à travers des activités ludiques sans contrainte ni directive. « Une personne qui souffre de troubles autistiques doit être accompagnée, et cet accompagnement doit être pensé au cas par cas« 

Qu’est-ce que la méthode des 3 i ?

Loin d’être une déficience intellectuelle, l’autisme ou le trouble autistique est un trouble du développement autant sensoriel que moteur. Il interfère la communication avec les autres et les interactions sociales, et se manifeste par des intérêts, des comportements stéréotypés et des activités restreintes ou répétitives. Il s’agit « d’un fonctionnement différent qui permet de mieux voir les détails concrets, mais moins les éléments sociaux d’une situation« . Mise au point en 2005, la méthode des 3i est intensive car elle sollicite l’enfant tous les jours, du matin au soir, afin qu’il ne reste pas « dans sa bulle » ; elle est individuelle car il bénéficie d’une attention totale de son accompagnant (un bénévole ou l’un de ses parents) et interactive car il est stimulé par des activités et des échanges ludiques.

Son but ?

 Amener la personne autiste « à s’éveiller progressivement et naturellement, en repassant par tous les stades du développement : le langage, la diction, la motricité, la concentration…« . Si elle a d’abord été pensée pour des enfants, elle peut très bien convenir à un ado ou à un adulte. Toutefois, « plus la personne autiste est prise en charge jeune, plus son cerveau est plastique et plus ses mécanismes d’apprentissage sont modulables« . Avant la mise en place de la méthode des 3i, les parents et les éventuels frères et sœurs sont accompagnés par une équipe d’intervenants bénévoles, formés à la stimulation des autistes, et sont suivis par un psychologue, un orthophoniste et un psychomotricien (selon les besoins de l’enfant).

Un environnement propice au bien-être

Ce type de handicap nécessite un espace adapté (qui peut être une chambre réaménagée), à taille humaine, donc ni trop grand, ni trop confiné. Cette pièce de jeu ne doit pas être en effet trop vaste pour que l’enfant puisse facilement s’approprier l’espace et en connaître les limites pour se sentir en totale sécurité. Un espace trop grand peut être générateur d’angoisses. Les couleurs doivent être douces pour ne pas agresser le regard, l’environnement doit être épuré et doit permettre à l’enfant de s’y déplacer et de s’y repérer facilement. Au sol, on privilégiera du linoléum ou du parquet flottant pour filtrer les bruits et les vitres sont opacifiées afin que la lumière ne soit pas trop agressive : tout doit concourir au calme et à l’apaisement. Dans cet espace, l’enfant y trouve des jeux ludiques et moteurs, éventuellement une balancelle (ce mouvement associé au bercement leur procure généralement un grand bien-être sensoriel), de gros ballons, un toboggan et de la musique. « On essaye de placer tout en double dans la salle de jeux, afin que l’accompagnant puisse imiter l’enfant et le rejoindre dans ses centres d’intérêts et dans son plaisir« , « en éprouvant le même plaisir que lui, il va laisser l’accompagnant entrer dans son monde et une fois que l’échange se crée, l’enfant est plus facilement apte à s’ouvrir au monde extérieur ».

L’enfant autiste et « son cocon sensoriel »

Séances de sport, cuisine, arts plastiques, jardinage, lecture… De nombreuses activités sont possibles pour peu qu’elles soient amenées par le biais du jeu. « Un échange ludique favorise de nouvelles connexions cérébrales permettant de rétablir une communication verbale et gestuelle« . Et en effet, cela va particulièrement stimuler les neurones miroirs, cellules qui jouent un grand rôle dans l’apprentissage, l’empathie et la sociabilité. Contrairement aux méthodes comportementales (ABA, TEACCH) qui cherchent à développer l’enfant par les apprentissages, le but n’est pas de lui inculquer des choses, mais de créer un échange avec lui afin qu’il acquiert tous les outils de développement. L’accompagnant va alors chercher à « entrer dans le monde de l’enfant« . Et le monde de l’autiste est clair, il s’agit d’une bulle dans laquelle il se réfugie et empile des plaisirs qu’il éprouve sensoriellement. L’enfant autiste peut alors écouter inlassablement la même musique, regarder le même livre ou répéter les mêmes phrases en boucle : des moments ou des souvenirs qui lui ont, une fois dans sa vie, procurés du plaisir ou qu’il souhaite revivre indéfiniment. Et cette faculté à se couper du monde extérieur est due à une hyper ouverture sensorielle : ils sont capables d’entendre les ultrasons et ont un odorat très développé comme les nourrissons ou de voir des détails que l’adulte ne voit pas. Ils n’acquièrent pas le filtre que, généralement, l’enfant assimile vers l’âge d’un an. Et « cette absence de filtre engendre des angoisses et un mal-être dans un monde bruyant rempli de sollicitations extérieures« , précise l’experte. Alors, le fait de partager des centres d’intérêt (jouets lumineux et sonores, instruments de musique, livres d’images, ballons…) et du plaisir sensoriel avec lui dans un « environnement filtré » va permettre de capter son attention, puis de faire progressivement disparaître ses angoisses. L’enfant va alors gagner en curiosité, en concentration et en autonomie, parlera plus couramment, et comprendra la symbolique du langage et des objets à travers des ateliers Montessori. Autant de progrès qui permettront d’envisager une (ré)intégration progressive en milieu scolaire.

olfa hafsi

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